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LA LUTTE ANTI-LARVAIRE

A quel niveau faut-il attaquer le moustique (œuf, larve, nymphe, adulte), si nous voulons le détruire, tout en préservant l'environnement vivant avec lequel il cohabite ?

• au niveau des œufs

il est possible d'envisager de bloquer l'éclosion larvaire avec des substances hormonales. Mais cette méthode a l'inconvénient de concerner tous les œufs d'insectes, elle n'est donc pas sélective, nous l'écartons.

• au niveau des adultes :

il n'y a pas non plus de substance sélective des moustiques adultes, et l'ensemble des insectes est touché. Nous l'écartons également, sauf pour le cas exceptionnel ou des moustiques auraient réussi à terminer leur développement jusqu'à l'état adulte, et qu'ils créeraient une nuisance fortement ressentie).

• Il reste le milieu aquatique où nous rencontrons les larves et les nymphes :

  • au stade nymphal, aucune nourriture n'est absorbée par l'animal, il est donc impossible de lui faire ingérer une substance toxique. Les produits solubles dans l'eau des gîtes et agissant par contact ne sont pas sélectifs des nymphes de moustique et agissent sur toutes la faune compagne du moustique. La dernière solution serait de mettre un film tensio-actif à la surface de l'eau stagnante. Dans ce cas, vous éliminez les nymphes par asphyxie, mais vous pénalisez les échanges gazeux entre l'atmosphère et le plan d'eau. En conséquence, toute la vie aquatique est rapidement privée d'oxygène et toute la faune périt en moins de 24 heures.

  • au stade larvaire, par contre, l'animal mange sans arrêt, en balayant de ses brosses buccales les particules végétales ou animales qui se trouvent dans le périmètre immédiat. Nous allons donc mettre dans l'eau une substance ingérable que la larve va avaler et qui va la détruire. C'est là que nous devons concentrer toute la stratégie de lutte antimoustiques en utilisant le larvicide à la fois le plus sélectif possible, vis-à-vis de cette larve, et le moins rémanent. En outre, c'est à ce stade que le moustique occupe un espace géographique minimum et qu'il est le plus facilement localisable
Détruire le moustique sans porter atteinte au monde animal et végétal environnant doit être une obsession pour le démoustiqueur !
   
        Pendant deux décennies (1970-1989), nous avons utilisé les larvicides chimiques les plus intéressants de ce point de vue, car il n'y avait pas autre chose : ce sont les organo-phosphorés. Ce fut le Fénitrothion dans un premier temps, mais il fut rapidement abandonné. Puis, ce fut le Téméphos (Abate) qui donnait le maximum de garanties, bien qu'aux doses opérationnelles de terrain, il n'était pas le larvicide idéal car son spectre d'action était malgré tout assez large.
        En 1990, l'apparition sur le marché du BTI H14 (Bacillus thuringiensis var. israelensis) fut une véritable révolution. Son extrême sélectivité vis-à-vis de la larve représente un outil idéal (signalons cependant qu'il serait actif contre 70 % des larves de Chironomidés). Ce produit est un produit biologique à base de bactéries qui, lors de son ingestion par les larves de moustiques, provoquent des lésions importantes de leur tube digestif entraînant leur mort.
    
        Ainsi, les insectes et petits crustacés aquatiques sont épargnés, les larves de libellules ou d'éphémères par exemple, sont également hors de danger.
Il est, de loin, le moyen larvicide disponible le plus attractif à ce jour contre les larves d'Aedes. Il permet d'éliminer les larves de moustiques, tout en laissant se développer tous les autres insectes. Les oiseaux insectivores seront ravis puisque leur nourriture sera intacte. Enfin, l'eau de la nappe phréatique que vous buvez au robinet n'est pas polluée par des produits chimiques.
        Tout autre moyen de lutte, à spectre d'action inévitablement plus large, doit être exclu tant qu'il n'y a pas de résistance. Notre but est de préserver au maximum la diversité biologique dans toute son étendue. Le moustique ne représente qu'une masse pondérale infime de l'ensemble du monde des insectes. Nous n'avons pas le droit de porter atteinte à la faune et à la flore compagnes. Elles représentent notre environnement vivant dont nous faisons partie, au même titre que n'importe quel être vivant.
   
        La lutte nécessitant une connaissance précise des gîtes, il était donc nécessaire d'identifier géographiquement ces derniers et d'analyser leur mode de fonctionnement tout au long de la période de développement des larves qui s'étale de début mars à la mi-septembre. Ce repérage est basé sur la forte corrélation entre le développement de larve de moustiques, qualité de l'eau et de la végétation environnante. Ces renseignements sont synthétisés au sein de cartes écologiques appliquées à la démoustication.
        Un inventaire a été réalisé dans le cadre d'un ensemble d'observations hebdomadaires, sur un réseau de points appelés stations d'observations, et choisis sur le terrain de manière à représenter tout le gradient des situations d'hygromorphie rencontrées, sur le territoire étudié. Nous avions toutes les stations, depuis le plan d'eau permanent jusqu'à la zone à graminées, en passant par des sols inondés les ¾ de l'année, d'autres quelques mois seulement, d'autres une année sur 2 ou 3 etc…certains en zones boisées et d'autres en zones herbacées.

Les paramètres observés étaient :


Les unités cartographiques

hauteur d'eau par rapport au sol,
température de l'eau,
température de l'air,
présence ou absence d'œufs,
présence ou absence de larves de moustiques,
présence ou absence de nymphes,
présence ou absence d'adultes vulnérants ou non,
la faune annexe.

Et ceci en fonction de la la végétation et de la nature du sol (ex. : argile, gravier, limon, tourbe).

Une synthèse qui a permis de définir les unités cartographiques caractérisées par un type de végétation qui intègre toutes les conditions du milieu, et qui a l'avantage d'être permanente et facilement observable en tout temps

   
Répartition des moustiques en fonction de la végétation en zone boisée

La cartographie étant faite, nous avons pu passer à l'action en contrôlant l'ensemble du territoire. L'expérience permit d'identifier dans cet espace des zones homogènes du point-de-vue mise en eau, et donc, prolifération du moustique. Ce sont les ensembles fonctionnels caractérisés chacun par un facteur de mise en eau bien identifié, caractéristique de cette portion de territoire, provoquant ainsi un déclenchement des éclosions etc… et déclenchant des éclosions larvaires, en général synchrones. Nous avons des ensembles fonctionnels mis en eau par la fonte des neiges, d'autres mis en eau par pluies, d'autres par les débordements de rivières, d'autres parfois par les 3 à la fois.

Répartition des moustiques en fonction de la végétation en zone herbacée

 

 

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Moyens de lutte
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